Staline, Hitler, même combat. Quand l’Occident fait dans le révisionnisme

Le Point n’étant vraiment un journal de référence que pour une certaine élite parisienne, on le consulte assez peu ici. Mais un édito a attiré notre attention. Sa plume, Michel Colomès, ancien directeur de la rédaction, a manifestement eu envie de sévir pendant ses années de retraite. A 79 ans, le digne journaliste décide donc de verser de plain-pied dans le révisionnisme – mais aucune crainte ici, il s’agit de révisionnisme validé par les instances supérieures et subventionné par l’Etat. Aucune chance de voir Colomès et le Point être traînés devant les tribunaux. Ouf !

Faisant l’article du nouvel ouvrage de Joshua Rubenstein, historien américain certainement parfaitement impartial, Colomès apporte une pierre à la délirante propagande antirusse qui sévit depuis maintenant quelques années. L’édito démarre en fanfare : Staline aussi voulait sa «Solution Finale». Le ton est donné. Le département comptable des «clics» du Point a dû faire sauter le champagne. Colomès aurait réussi à faire un parallèle dès le titre avec Poutine, le caviar aurait été servi.

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Petit rappel historique

Mais à défaut de réussir à placer Poutine dès le chapeau, la vieille plume était de toute évidence inspirée et nous dit d’entrée de jeu : Son regard « à la fois fou et méchant », dit-elle [Svetlana, la fille de Staline], a balayé l’un après l’autre tous les dirigeants qui se trouvaient au pied de son lit et il a levé le doigt en un geste de menace qui a glacé d’effroi tous ceux qui étaient venus assister à ses derniers instants. Puis – au grand soulagement de tous – il a rendu l’âme. Staline, la version géorgienne de Méphistophélès.

Ce qu’il y a de pratique, avec Staline, c’est qu’il est indéfendable. Ses politiques ayant causé la mort de tant d’innocents, il est possible de raconter absolument n’importe quoi.

Loin de nous l’idée de présenter Staline comme un philosémite. Nombre d’historiens s’accordent à dire qu’il rechignait à ce que Svetlana épouse un Juif. Mais Staline rechignait à tout ce qu’il n’avait pas décidé lui-même. Ni antisémite, ni philosémite, Staline était un pragmatique. «Pragmatique» : terme ambivalent en Occident, généralement positif quand il s’agit de politique libérale, négatif, quasiment synonyme d’affreux cynique, quand on en vient à des systèmes différents.

Staline a passé sa vie entouré de Juifs. Dans l’underground révolutionnaire et pendant la révolution d’abord, la plupart des meneurs s’étant trouvés être juifs. Même si la réécriture de l’Histoire dira sans doute un jour le contraire, le fait qu’il ait passé ces derniers à la moulinette des grandes purges n’avait strictement rien à voir avec leurs origines. Sa haine de Trotski non plus. Il avait d’autres griefs envers le bouillonnant théoricien de la révolution permanente soutenu par l’Occident. Et puis, un énième Juif, Kaganovitch, fut un de ses collaborateurs les plus proches et demeura à ses côtés jusqu’à la fin. Rien à voir avec le général juif allemand Von Manstein qui dissimula sa judaïté en achetant son «Von» pour mieux faire carrière dans l’univers du Troisième Reich.

Lorsque la question de la création d’un Etat juif tomba sur le tapis et que la Palestine donnait quelques maux de tête à l’Occident, Staline proposa de leur refourguer une partie de la Sibérie, le Birobidjan, région disposant toujours à l’heure actuelle du statut d’oblast autonome juif en Russie. Mais la région ne plut guère aux élites internationales qui lorgnaient sur la Palestine. Et le fait est que l’Etat d’Israël n’aurait jamais pu être créé sans l’appui de Staline.

Nécessaire inculture du journaliste

Colomès ne fait évidemment pas état de ces quelques détails d’importance. Calcul éditorial ? Sans doute pas. Le fait est que nos journalistes occidentaux font preuve d’une ignorance crasse – tolérable chez un jeune comme Benoît Vitkine, moins chez un ancien comme Colomès. Quand ce dernier mentionne le complot des «blouses blanches», la dernière manigance du vieux Joseph, il la résume ainsi : Staline avait besoin, pour ranimer l’esprit combatif de ses fidèles, d’un nouvel ennemi de l’intérieur. Colomès néglige ici plusieurs choses.

A cette époque, Staline n’a pas du tout besoin de «ranimer l’esprit combatif de ses fidèles», au contraire. Il est en train de rebattre les cartes. Comme il l’a fait quinze ans auparavant, comme Ivan le Terrible l’avait fait des siècles plus tôt, il est en train de rajeunir la troupe de ses serviteurs et de supprimer la génération précédente, devenue trop puissante. Le géorgien Beria, le russe Molotov, le juif Kaganovitch, l’arménien Mikoyane… tous sont voués à disparaître dans la broyeuse stalinienne au profit d’une nouvelle génération.

Le complot des blouses blanches (ces médecins «juifs» qui auraient voulu assassiner les leaders soviétiques) n’était d’abord qu’une énième variation des symphonies manipulatoires staliniennes, dédiées à la destruction de ses rivaux. Staline n’avait que faire des Juifs, catégorie de citoyens parmi tant d’autres en URSS, même si sa paranoïa pouvait lui faire penser qu’ils constituaient une potentielle «cinquième colonne». Mais Staline avait compris que son ennemi le plus important était devenu Béria, brillant politicien responsable de la police politique, du programme nucléaire, et qui avait été en charge, pendant la guerre… des affaires juives. Professionnel du billard à trois bandes, Staline a monté de toute pièce le complot des blouses blanches pour faire tomber Béria. Inutile de crier au complotisme, même une émission très «main stream» comme Rendez-vous avec X sur France Inter ne faisait que valider cette question. C’est dire…

Colomès semble tellement ignorer les méandres de la politique qu’il en vient même à asséner une belle ânerie : Malenkov, le successeur de Staline pour deux ans, fera même preuve d’une générosité, certes limitée, mais qui permettra de ramener dans leurs foyers plus d’un million de déportés du goulag (sur deux millions et demi) et d’abandonner un certain nombre de travaux pharaoniques, comme une nouvelle ligne de chemin de fer dans le nord de la Sibérie qui à elle seule faisait travailler dans des conditions épouvantables plus de 100 000 prisonniers.

Ce grand bienfaiteur n’est pas du tout Malenkov mais Béria, cet horrible KaGéBiste qui, le lendemain de la mort de Staline fit tout pour libérer de la main d’œuvre. Comme a pu le dire sa fille : si Béria était né aux Etats-Unis et pas en Russie, il serait devenu le PDG de General Motors.

Manipulation psychologique de l’Histoire

Mais ici on touche un des points intéressants de l’article de Colomès. Lorsqu’on lit l’article, en arrivant à la mention de ces prétendues libérations par le gros Malenkov, on a l’impression qu’il s’agit de juifs libérés. L’effet est d’autant plus fort. Staline voulait les foutre au four, et, finalement, ils ont pu s’en sortir grâce à l’intervention d’un clown. En réalité, les Juifs n’étaient qu’une minorité du système du goulag. Ils n’en représentaient qu’un faible pourcentage des détenus et qu’un faible pourcentage des libérés (comme quoi, le système soviétique était équitable). Mais peu importe, il faut tout centrer sur la minorité dominante en Occident donc recentrons.

Parlons donc «de trains», de «gardes-chiourmes», de «déportations» histoire de frapper l’imagination totalement parasitée du lecteur afin que la reductio ad hitlerum soit paufinée. Mais Colomès fait encore mieux : Dans les dernières semaines de sa vie, Staline, qui avait déjà envoyé au goulag deux millions et demi de personnes, dont 35 000 enfants, s’apprêtait à doubler, avec les rafles de juifs, le chiffre de ces hommes et de ces femmes promis à une mort plus ou moins lente. La première partie de la phrase est annihilée par la seconde. Dans les cerveaux formatés, l’amalgame se fait naturellement. Même les 35 000 enfants (sans doute russes, kazakhs, arméniens…). Même eux, dans cette phrase, deviennent juifs. Alors même que ces derniers n’ont pas été déportés puisque :

La mort de Staline aura sans doute permis d’éviter une Shoah soviétique.

Le fantasme devient histoire officielle mais le mot est lâché. «Shoah». Une shoah qui n’a pas existée, mais pour laquelle on peut sortir les violons quand même. On pourrait même croire que Colomès, Rubenstein et consorts regrettent un peu qu’elle n’ait pas existé, cette entreprise de destruction des Juifs de Russe. C’eût été finalement plus simple pour pointer du doigt la Russie et y infliger un calvaire psychologique aux générations suivantes, comme en Allemagne.

Mais en fin de compte, tout cela est très très cohérent. Cela va de pair avec la réécriture de l’Histoire entreprise depuis 1945 par Hollywood. On sait à quel point les masses européennes ont été lobotomisées pour croire de nos jours que les Etats-Unis avaient défait Hitler. L’opération de propagande est permanente. Récemment, Tarantino était allé jusqu’à s’approprier le cadavre du Führer. Il y a peu on n’a pas hésité à dire que les Ukrainiens (ces mêmes Ukrainiens au sein desquels pullulent les néonazis) avaient libéré Auschwitz. Et bientôt une comédie musicale en glucose va écumer les provinces françaises pour faire entre à coup de marteau dans la tête des enfants que la Seconde guerre mondiale se résume au génocide des Juifs et au débarquement de Normandie.

Mais voler la victoire à la Russie n’était pas suffisant. Il faut manifestement passer à l’étape supérieure, et montrer que, sans les Etats-Unis, la Russie aurait très certainement fait la même chose que l’Allemagne nazie. Les mythes s’écrivent sur le temps long. Le bourrage de crâne va continuer pendant des lustres. Le vingtième siècle doit être, dans les esprits, le siècle de la naissance de l’empire du bien. Et Colomès, enfant de la Guerre Froide, participe volontiers à cette entreprise : Mais il faudra encore patienter quarante ans avant que ne s’écroule le système qui aurait pu mettre en œuvre cette autre solution finale. Celui que Ronald Reagan appelait fort justement «l’empire du mal». Après avoir réussi à faire de Hitler et Staline des synonymes dès le titre de son article, il arrive à opérer une contradiction qui ne le choquerait pour rien au monde. En début d’article, Staline était un fou antisémite isolé, en fin de papier, nous sommes passés à l’URSS, coupable dans son ensemble. Heureusement, effectivement, que la puissance américaine, la plus destructrice de l’Histoire, était là, heureusement qu’elle est encore là ! Et vivement que les Russes s’estiment – comme les Allemands, comme les Français – coupables collectivement, on pourra alors totalement réécrire l’Histoire et se livrer au racket habituel.

Frappes russes en Syrie, le camp du bien pris de panique

Alors que la situation en Syrie se retourne avec l’avancée des troupes gouvernementales – appuyée par la Russie – pour reprendre les territoires où les rebelles et leurs alliés extérieurs avaient mis le boxon, l’Ouest est en émoi. Nos journalistes pintés au bernard-henri-lévisme n’en finissent plus de s’enfoncer dans des circonvolutions intellectuelles fumeuses pour démontrer que, une nouvelle fois, la Russie est à l’origine de tous les maux.

Evidemment, on retrouve dans la fournée de février l’invraisemblable Marie Mandraud, qui titre « L’inquiétante propagande russe sur la crise des réfugiés en Europe » et nous explique que ces indécrottables russes en font des tonnes sur ce qui se passe dans le futur-ex espace Schengen depuis que ce dernier a ouvert ses frontières à des centaines de milliers de « migrants ». Ils exagèrent tous ces pauvres russes. Ils exagèrent tellement que c’est en partie à cause d’eux que Merkel et consorts ont du cesser de cacher certains méfaits des réfugiés sur leurs territoires et admettre devant leurs populations atterrées que, oui, tout compte fait, il y avait eu quelques sacrés débordements. Tout se passait bien, au royaume de Schengen, depuis l’arrivée de ces pauvres gens et, surtout avant que les Russes ne mettent en avant certaines choses. Pourtant, c’est leur accorder un peu trop d’importance, aux Russes. Cacher un viol ou deux, c’était chose aisée. Planquer l’attaque sexuelle en masse de Cologne, pour les médias aux ordres et la police alignée, c’était un problème d’une autre envergure.

Mais nos journalistes ne se contentent plus de minimiser, ils vont plus loin. Dire que les Russes grossissaient une crise qui n’avait pas besoin d’eux pour être dramatique n’était pas suffisant. Face à la prise de conscience des populations accueillantes de l’étendue du problème, il fallait opérer un nouveau renversement de la pensée et de la logique. On ne saurait admettre qu’on saborde le navire en permanence. Depuis l’offensive de l’Etat syrien pour reprendre Alep, nos sophistes ont trouvé une nouvelle parade : ce sont les frappes russes qui sont à l’origine de la crise migratoire. Les réfugiés ne sont soudainement plus « une chance pour l’Europe ». Frustrés de l’Union Européenne, retournez vous ! Les Russes sont le noeud du problème ! C’est oublier que Poutine, il y a déjà des années, lors des préparatifs de destruction de la Lybie, avait prévenu ses homologues européens d’un tel problème à venir. C’est oublier que les Occidentaux et leurs alliés Qatari et Saoudien ont mis la région sens dessus dessous depuis 2010 alors que les frappes russes n’ont commencé que fin 2015. C’est oublier que les premières voix journalistiques pour l’ouverture aux « migrants » se sont exprimées mi-2015, soit bien avant l’intervention russe.

Heureusement pour les gratte-papiers qui doivent nécessairement avoir conscience de leur manque de crédibilité auprès d’un public, il y a toujours d’autres voix, comme celle de la nouvelle éminence intellectuelle Glucksmann Junior, pour aller dans le sens de leur courant, pester contre Lavrov et Poutine et se lamenter, sur son fil Twitter, des « victimes civiles » des bombardements russes. L’agent (inconscient ?) de Langley, qui ne peut être amnésique ou idiot au point d’avoir oublié que les bombes américaines ou françaises n’évitaient pas non plus les civils et que les drones du saigneur de la Maison Blanche ont frappé des hôpitaux et des écoles un peu partout sur la planète, n’a de cesse de perfectionner sa tartuferie.

Isabelle Mandraud et ses confrères idéologiques ressemblent fort à ce propriétaire qui, par négligence, déclencha un incendie chez lui et en accusa le voisin devant les assureurs.

L’aventure ukrainienne: délation et assassinats

nemtsov-charlieDans Manufacturing Consent, Herman et Chomsky avaient fait une excellente analyse de la couverture du meurtre du prêtre Popieluzko en Pologne soviétique. Alors que le pauvre prêtre occupait des pages et des pages, durant des mois, de la presse occidentale, au même moment, l’assassinat de dizaines de religieux occidentaux qui dénonçaient la corruption et les violences politiques dans des pays latinos vassaux des Etats-Unis ne suscitait que des entrefilets. Mais Popieluzko était une victime utile pour combrattre l’URSS. Nous assistons ici exactement au même type de couverture médiatique.

Le 27 février 2015 était assassiné Boris Nemtsov, suscitant une vague d’indignation quasiment charliesque en Occident. Nemtsov avait laissé sa place à Navalny depuis belle lurette mais il devint immédiatement le chéri des ces journaux dont la précipitation ne laisse jamais de place à la réflexion. Emotifs de tous bords et agents atlantistes confondus n’eurent alors plus qu’un mot à la bouche : Je suis Boris. Grâce à son ami Charlie, jamais structure syntaxique n’était devenu aussi populaire et aussi insupportable. On reviendra, dans ces pages, sur la mort de Nemtsov, mais pour le moment on redirigera le lecteur vers l’analyse d’Alexandre Latsa, ainsi que vers la vision du député Evgeny Fedorov.

On constate, une nouvelle fois, l’extraordinaire logique du deux poids deux mesures dont font preuve nos médias « libres ». En l’espace d’un instant, tout le monde devient Boris, tout le monde se passionne pour une ancienne diva de l’opposition réduite à l’ombre d’elle-même, et personne ne relèvera que ledit Boris avait soutenu Poutine au tout début de la carrière de ce dernier. Tout comme, d’ailleurs, les élites occidentales qui soutenaient Poutine au départ, croyant qu’il jouerait le jeu à la manière de Eltsine. Nemtsov restera désormais, dans les annales occidentales, un martyr.

Depuis le début de l’année 2015, les morts suspectes s’enchaînent en Ukraine, prouvant par là qu’Eka Sgouladze était effectivement un bon choix pour renforcer le « sursaut démocratique » si cher à son pitre de mari, Raphaël Glucksmann :

Janvier. Alexei Kolesnik, ancien président du gouvernement de Kharkov et membre du Parti des régions (le parti de Ianoukovitch) est retrouvé pendu.

Février. c’est au tour de Stanislav Melnik, député du Parti de Régions, d’être retrouvé à son domicile une balle dans la tête qu’il s’est logée lui-même selon l’enquête officielle.

Quasiment le même jour et quelques heures avant son procès, Serguei Valter, le maire de Melitopol, était aussi retrouvé pendu. Quant à Aleksandr Bordyuga, policier qui devait participer à sa défence, il a trouvé la mort dans son garage dans les mêmes heures.

Quelques heures plus tard, c’est au tour d’Alexandre Peklouchenko, du Parti des régions et ex-gouverneur de la région de Zaporojie, d’être retrouvé dans la rue, une balle dans le cou, un autre « suicide ».

Dans la foulée, c’est Mikhaïl Tchetchetov, ancien du Parti des régions, et ex-patron du Fonds des biens d’État en charge des privatisations, qui tente de s’envoler depuis son appartement du 17ème étage. Puis un autre « suicidaire » opte pour la défenestration : Sergueï Melnichuk, un procureur de 32 ans.

Avril. Plus récemment, c’est Oleg Kalachnikov, encore un du Parti de régions, mais aussi président de la Rada et l’une des figures de proue du mouvement anti-Maïdan qui a été abattu chez lui. Evidemment, à chaque fois, les autorités parlent de suicide ou orientent l’enquête vers la piste du crime crapuleux. Chose facile à croire pour les Occidentaux qui estiment que la corruption n’existe qu’à l’Est de l’Union Européenne.

Enfin, on a fait taire le 16 avril deux autres voix gênantes. D’abord celle d’Oles Buzina, journaliste connu pour ses prises de position hostiles au régime de Kiev, qui venait de démissionner de son poste de rédacteur en chef (du journal ukrainien en langue russe Segodny) pour protester contre des pressions venant d’en haut. Mais c’est aussi le corps d’Olga Moroz, rédactrice en chef d’un journal local, qui a été retrouvé sans vie le même jour. Elle aurait été en train de préparer un article sur une exploitation forestière illégale dans la région de Khmelnitski, en Ukraine occidentale.

La réaction de nos médias est éloquente. Outre le format « dépêche AFP » qui, comme chacun sait, relève de l’article de fond et de l’analyse, on a pu voir Benoît Vitkine et Isabelle Mandraud se fendre d’un papier sur les meurtres de Buzina et Kalachnikov. Papier qui était réservé aux abonnés du torchon lemonde.fr.

Evidemment, personne ne mentionne qu’il existe sur Internet un site ukrainien, « Миротворець » (« le gardien de la paix », il faut croire que les Ukrainiens ont de l’humour) qui dresse la liste les anti-maïdans, les taxants de criminels, de terroristes, et donnant leurs adresses personnelles. Oles Buzina était sur la liste. Jetons un coup d’oeil à l’identité du site en question :

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Nous ne sommes pas experts en informatique, mais ce serveur qui répond au nom de NATO nous paraît être une coïncidence de trop. Sont hébergés sur le même serveur (situé au Texas) : https://operativ.info/ et https://informnapalm.org/, respectivement site de dénonciation des ennemis de l’Ukraine et site de propagande anti-russe.

En somme, depuis Maïdan, il fait meilleur vivre en Ukraine. Après le parachutage de ministres étrangers (et maintenant de troupes étrangères), on constate qu’il vaut mieux être Charlie Nemtsov si on veut pouvoir en toute quiétude payer son gaz 200% plus cher pour faire plaisir au FMI.

L’aventure Ukrainienne: le gouvernement Iatseniouk II

yarosh-nationalist-address-umarov_siLa nouvelle avait étonné mais, fondamentalement, en décembre 2014 tout le monde s’en fichait. On continuait à bombarder en Ukraine, en Syrie, à décapiter en Irak… et puis, surtout, il fallait penser aux fêtes de fin d’années. Bref, l’arrivée soudaine de quelques étrangers dans le gouvernement ukrainien n’allait pas en scandaliser beaucoup à l’Ouest. Comment s’en émouvoir ? La majorité de la population ne dispose pas des connaissances adéquates pour apprécier la situation, et on lui martèle depuis des années maintenant qu’il faut que sa société soit ouverte au maximum. Mais récemment, c’est un Ukrainien, un vrai, un pur, un ultra, Dmytro Iaroch, qui vient de faire son entrée au gouvernement. Et, encore une fois, nos journalistes tentent de jongler avec cette nouvelle pour faire illusion.

Revenons un instant sur la composition du gouvernement ukrainien.

L’actuel président, le milliardaire Petro Porochenko est un agent américain depuis plus de dix ans. Evidemment, aucun média occidental n’a même mentionné le fait que dès 2006, dans des documents internes accessibles sur Wikileaks, les services américains le désignaient sans pudeur comme « our insider ». Le jeune premier ministre, Arseni Iatseniouk, a quant à lui été désigné par le State Department. « Yats is the guy » comme l’avait dit avec une classe sans pareille Victoria Nuland. Mais le duo ne satisfaisant manifestement pas suffisament leurs maîtres, on se mit à rebattre les cartes moins d’un an après les évènements orchestrés de Maïdan.

En décembre 2014 débarquaient quatre étrangers à des postes essentiels. Quatre étrangers à qui on a donné la nationalité ukrainienne dans l’urgence, faisant fi des millions de gens du commun qui, eux, savent très bien ce que sont les démarches administratives lorsqu’on est immigré.

Au poste de ministre de la santé, on mit Sandro Kvitachvili, un Géorgien ayant fait ses études aux Etats-Unis, ayant intégré le gouvernement de Saakachvili le corrompu dévoreur de cravates, et surtout, ne parlant pas un mot d’ukrainien.

A l’économie, on installa Aïvaras Abromavicious, un Lituanien ayant ses études aux Etats-Unis, s’affirmant comme un chantre de l’austérité et des privatisations en masse, et, bien sûr, ne parlant pas un mot d’ukrainien.

Comme il était compliqué, d’un point de vue sémantique, de mettre un étranger à l’intérieur, on se contenta de flanquer le ministre de l’intérieur d’un conseiller étranger : Eka Zgouladze, une Géorgienne ayant fait ses études aux Etats-Unis, ayant intégré le gouvernement de Saakachvili et épousé le petit émissaire atlantiste Raphaël Glucksmann.

Enfin, comme dans l’occident libéral, l’argent est roi, on ne s’embarrassa pas : au ministère des finances, on plaça l’américaine Natalie Jaresko, dont le nom de famille « sonne bien ».

Il est remarquable que nos médias n’aient pas une seconde été choqués par la chose. On peine à imaginer leur réaction si, disons, Poutine avait installé en Ukraine des Russes, des Biélorusses et des Kazakhs. L’impérialisme russe serait dénoncé à tour de bras, la manoeuvre serait grossière mais révélatrice du danger, même les soviétiques n’auraient pas osé dans « les pays frères » durant la guerre froide ! Mais non, nos médias de masse ne se mettraient pas la rate au court-bouillon pour ça. Et, ipso facto, la population non plus. Et pourtant on aurait du mal à imaginer le peuple français ne rien dire si Merkel lui imposait ne serait-ce qu’un seul ministre allemand. Seuls des énergumènes comme R. Glucksmann, qui passe son temps à fantasmer que l’Homme n’a pas de racine, s’en réjouiraient.

Mais tout n’est pas si simple pour les Américains en Ukraine. Porochenko doit faire face à ses extrêmes et compter avec eux. D’où la récente nomination au poste de conseiller à la défense du leader de Pravy Sektor, Dmytro Iaroch. Evidemment, nos médias ne relayeront jamais les raisons réelles qui ont poussé Porochenko à incorporer Iaroch dans son gouvernement. On ne verra jamais dans la presse occidentale le fait que Porochenko risquait bien de devoir faire face à un Maïdan II s’il ne s’engageait pas à satisfaire les ultranationalistes qui ont constitué le fer de lance des émeutiers de Maïdan. On ne rigole pas avec des forcenés surentraînés. Non, on nous présentera la chose sous un angle plutôt « positif » : Iaroch est simplement « l’ennemi juré de Poutine ».

Il faut voir comment lemonde.fr présente la chose : « Les combattants de Pravy Sektor, connus pour leur discipline de fer et leur tolérance zéro pour la consommation d’alcool, sont présents dans des points chauds du conflit notamment autour des ruines de l’aéroport de Donetsk. Dmytro Iaroch avait été blessé en janvier dans des combats pour l’aéroport, passé peu après sous contrôle des rebelles, à la suite de plusieurs mois de lutte acharnée ». Quasiment des saints !

Iaroch est juste « l’ennemi juré de Poutine » et son parti est… (roulement de tambour) « nationaliste mais pas fasciste ». Que les journalistes aillent jusqu’à ignorer le fait que Iaroch est un nostalgique de l’actif collaborateur nazi Stepan Bandera et que Pravy Sektor n’est qu’une composante de l’Assemblée Nationale-Socialiste en dit long sur l’envergure de la propagande occidentale.

Le grand méchant hacker russe

ru1Les médias américains ne savent plus où donner de la tête. Après les rumeurs selon lesquelles Poutine serait atteint d’autisme (rumeurs démenties par tous les spécialistes qui se sont amusés de voir que le Pentagone jugeait d’après des vidéos…), voilà l’armée de hackers russes qui investit les locaux digitaux de la Maison Blanche. Quelques mois après le hack dont a été victime Sony et qu’on a hâtivement attribué sans preuve à la Corée du Nord, cela ne pouvait tomber mieux. Mais les hackers russes sont toujours utiles à nos médias. Soit ils sont, comme récemment, une positive figure de l’opposition, soit ils sont au service d’un lugubre gouvernement impérialiste.

Si l’on en croit CNN, dans un magnifique exercice de propagande qui n’a pas peur du paradoxe :

Russian hackers behind the damaging cyber intrusion of the State Department in recent months used that perch to penetrate sensitive parts of the White House computer system, according to U.S. officials briefed on the investigation.

While the White House has said the breach only affected an unclassified system, that description belies the seriousness of the intrusion. The hackers had access to sensitive information such as real-time non-public details of the president’s schedule. While such information is not classified, it is still highly sensitive and prized by foreign intelligence agencies, U.S. officials say.

Malgré le fait que les informations soient publiques, on doit donc comprendre que la menace est extrêmement sérieuse. Les hackers pourraient avoir pris connaissance de l’emploi du temps d’Obama sur son practice. Les journalistes n’expliquent pas si le maléfique Poutine a réussi à obtenir les mails professionnels de Clinton qu’elle a elle-même contribué à rendre publics.

Barack Obama« The FBI, Secret Service and U.S. intelligence agencies are all involved in investigating the breach, which they consider among the most sophisticated attacks ever launched against U.S. government systems. ​The intrusion was routed through computers around the world, as hackers often do to hide their tracks, but investigators found tell-tale codes and other markers that they believe point to hackers working for the Russian government. National Security Council spokesman Mark Stroh didn’t confirm the Russian hack, but he did say that « any such activity is something we take very seriously. »

L’attaque était d’une extrême sophistification, même si les hackers ont usé d’un stratagème éculé au possible. Et, de toute évidence, personne ne peut confirmer que des Russes soient à l’origine de la chose, mais ce serait tout de même mieux si le public pouvait se convaincre de leur culpabilité.

The State Department computer system has been bedeviled by signs that despite efforts to lock them out, the Russian hackers have been able to reenter the system. One official says the Russian hackers have « owned » the State Department system for months and it is not clear the hackers have been fully eradicated from the system”.

Encore une fois, lecteurs, soyez bien attentifs à la menace: des hackers russes ont pris possession du système de John Kerry depuis des mois. Sans doute étaient ils au courant avant toute le monde de la fusion entre Heinz et Kraft food. Pour un pays qui a la prétention d’assurer la sécurité informatique de la population via ses agences gouvernementales, c’est tout de même assez affligeant.

Mais la propagane ne s’arrête pas en si bon chemin :

« The ferocity of the Russian intrusions in recent months caught U.S. officials by surprise, leading to a reassessment of the cybersecurity threat as the U.S. and Russia increasingly confront each other over issues ranging from the Russian aggression in Ukraine to the U.S. military operations in Syria.

Les Russes aggressent. Les Américains font des opérations militaires. Tout est dit. Les journalistes continuent à préparer l’opinion public à une « opération militaire » de l’OTAN sur le territoire russe. Même à travers une ridicule histoire informatique.

Le monde est fou

« C’est justement ceux qui ne pleurent pas Kirov qu’il faut repérer, ceux qui, dans certains komsomols ont refusé la minute de silence, ceux qui critiquent dans les kolkhozes et ceux qui ne voient pas en quoi ce combat est le leur. Eh bien ce sont eux que nous devons repérer, traiter, intégrer ou réintégrer dans la communauté soviétique. » Cela sonne comme une bonne vieille tirade stalinienne, n’est-ce pas ? On y reviendra.

Pyotr Mamonov survivrait-il en Occident?

Pyotr Mamonov survivrait-il en Occident?

Une des pratiques bien connues des Soviets pour réprimer les dissidents était la « psychiatrie punitive ». On diagnostiquait un pauvre garçon mécontent du tour pris par le système de schizophrénie (dont le type variait selon les cas, pour que l’histoire soit crédible) et on l’enfermait dans un hôpital psychiatrique. Et ces internés psychiatriques constituent une des catégories de martyrs bien utiles à l’occident, occident qui ferait bien de, précisément à ce sujet, se poser quelques questions.

Ces victimes de la psychiatrie soviétique ont bien sûr existé. Qui oserait le nier ? Félix Dzerjinski est le premier à l’avoir utilisé en URSS mais la pratique existait déjà avant lui. N’attribuons pas à Félix plus d’ingéniosité qu’il ne le mérite. Evidemment, Staline étant un homme à qui rien n’échappait, le concept allait se développer, mais Joseph préfère la répression brute. Ca n’est qu’après la déstalinisation, dans les années 1960, que les autorités commencèrent à y avoir recours de manière de plus en plus systématique. Et ce pour deux raisons. D’une part, Khrouchtchev, ses petits collègues et leurs successeurs ne pouvaient évidemment plus utiliser ces vieilles recettes de grand-père dénoncées avec vigueur à partir du bien célèbre XXème congrès du PCUS en 1956. Mais surtout, le « dégel » se faisant, les voix dissidentes comme Soljenitsyne, Brodsky (ou, déjà, Limonov) avaient plus de facilité à se faire entendre. Ce qui est l’embarrassant retour de bâton de la déstalinisation. Il fallait faire taire ces voix d’une manière ou d’une autre. Youri Andropov développa alors le système d’hôpitaux psychiatriques pénitenciers créé par le procureur des grandes purges staliniennes, Andreï Vychinski.

Dans les analyses européennes et américaines de cette pratique, plusieurs aspects reviennent de manière systématique. Il y a la violence de l’internement, dans la prise de décision comme dans le traitement. Les supposés malades sont internés sur décisions de tribunaux, et outre les gavages médicamenteux, les électrochocs sont utilisés. Il y a les conditions de détentions. Car comme toujours, dans la Russie vue par la lorgnette occidentale, le personnel est soit sadique soit alcoolique. Et, il y a, surtout, le vague du diagnostic. Car au regard du flou des définitions, un bien vaste population peut se retrouver déclarée « schizophrène », que celle-ci soit paranoïaque, lente, larvée, tacite, sournoise… la richesse du vocabulaire russe fait que la schizophrénie peut voir son champ d’application être étendu comme on l’entend.

D’un point de vue politique, passent devant les tribunaux ceux qui voudraient pratiquer leur religion en toute liberté, ceux qui ont des velléités d’émigration à l’Ouest, ceux qui refusaient le service militaire par objection de conscience, ceux qui voudraient voir leur territoire gagner en indépendance… et, évidemment et surtout, les activistes défenseurs des droits de l’homme. Bref, il faut se tenir à carreau, ou il faut se préparer à être envoyé à l’HP de la prison de Blagavetchensakaïa.

Ici, il serait bon de rappeler le regard occidental sur tous ceux (peu nombreux il est vrai) qui ont quitté l’Ouest pendant la guerre froide. Pas un seul n’est considéré comme un individu normal. Les espions de Cambridge étaient soit des alcooliques et des pervers (Burgess), soit des ratés (Mc Lean), soit des arrivistes (Philby). Oswald, même si c’est une autre question, a toujours été considéré comme un « loser » et son installation en URSS n’en serait qu’une preuve supplémentaire. Joe Dresnok (un des six américains passés en Corée du Nord pendant la guerre de Corée) est généralement présenté comme l’idiot utile manipulé par le régime en place (ce qu’il est certainement mais pas seulement). Quant à Soljenitsyne, reçu avec les honneurs en Occident en 1974, il commença à franchement déplaire lorsqu’il mit son esprit critique au service d’un examen du système libéral. On pourrait aussi examiner l’usage, à la même époque, des électrochocs par les Occidentaux dans l’optique non de répression mais d’ingénierie sociale. Mais c’est une autre histoire pour laquelle on recommandera de se tourner vers les premiers chapitres du fascinant livre de Naomie Klein, « The Shock Doctrine« …

De nombreux commentateurs occidentaux ont pu remarquer que la dictature du pouvoir soviétique, directe, brutale, n’était pas la seule responsable du système psychiatrique d’alors. Ces pratiques étaient aussi permises par l’autorité du professeur Andreï Snezhnevsky (1904 – 1987) dont le diagnostic devint une sorte de référence ultime, mais aussi par la particularité de la société soviétique où tout signe d’anti-conformisme était suspect pour les citoyens lambda. La propagande aurait fait son travail de manière si efficace que même la plupart des médecins croyaient au diagnostic erroné qu’ils donnaient. En d’autres termes, en URSS, tout le monde marche sur la tête et les seuls lucides sont opprimés. Pis ! Si on en croit certains journalistes occidentaux, la pratique de ces abus psychiatriques aurait toujours lieu dans la Russie contemporaine.

Passons à notre bel occident en ce début de XXIème siècle. Car si la Russie offre à observer, comme toujours en matière politique comme en matière de propagande, des manières assez brutales et directes, l’Occident est sans doute beaucoup plus fascisant fascinant en termes de contrôle des esprits.

fdba8d7f271de1d8c7b396ffe5290043C’est dans l’Occident libéral et libéré que la consommation d’antidépresseur est la plus forte du monde. La France, pays tant célébré pour son « art de vivre », en a longtemps été le plus grand consommateur européen avant d’être devancée en 2013 par l’Islande. On pourrait arguer qu’il faut y voir ici différentes écoles, les écoles allemandes, par exemple, favorisant d’autres traitement que le recours chimique, habituel en France. Mais il reste que ce sont les pays riches occidentaux qui versent le plus souvent dans l’orgie de psychotropes, légaux ou non. Dans Brave New World, Huxley faisait prendre à ses personnages une drogue appelée « soma » et qui les faisait se tenir tranquilles. C’est tout de même admirable, un système où les citoyens se livrent au gavage médicamenteux de leur propre chef.

On pourrait aussi expliquer cela grâce au « progrès » médical. En 2013 a été publié le DSM-5, ou cinquième édition du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. Un pavé de près de 1000 pages regroupant plus de 300 maladies mentales. Lors de la première édition de ce « manuel », on comptait 130 pages et 106 maladies mentales répértoriées . Mais la différence entre ses deux chiffres serait trompeuse à prendre en compte puisque l’homosexualité, par exemple n’a disparu de la liste qu’après 1974. La nature des troubles mentaux, en Occident, est à géométrie variable et peu à peu y sont introduits des éléments qui auparavant participaient à la richesse des tempéraments et des caractères. Désormais figure dans cette liste un syndrome à l’acronyme éloquent : ODD, Order Defiant Disorder, ou Trouble Oppositionnel avec Provocation dans la langue de Molière. Il serait d’ailleurs intéressant d’imaginer ce dernier rédigeant Le Misanthrope à notre époque. Son personnage serait certainement sous antidépresseurs.

Comme certains observateurs occidentaux pouvaient affirmer que les médecins soviétiques croyaient sincèrement à leurs diagnostics, le psychiatre américain Bruce Levine a pu faire un constat intéressant en se penchant sur les personnalités anti-autoritaires, de plus en plus sujettes à des traitements psychiatriques aux Etats-Unis. Plus le médecin en charge est une personnalité réceptive à l’autorité, plus il aura tendance à prescrire un cocktail chimique à son patient, afin de le faire rentrer dans une norme. Simple comme bonjour. Et s’il n’y a pas ou plus, en Occident, de Snezhnevsky, le fait est que la nouvelle religion, cette foi en le « progrès scientifique », est telle que chacun finit par se persuader qu’il a effectivement un problème qui doit être traité.

On pourrait se demander de quel diagnostic écoperaient des Pierre le Grand, Mozart, Einstein, Van Gogh, Kubrick, Glen Gould… Dans leur propagande massive, les médias américains se sont d’ailleurs récemment mis à fantasmer au sujet de signes « de syndrome d’Asperger » chez Vladimir Poutine. Tout ce qui n’est pas normal est à bannir.

Enfin, il nous faut revenir sur un élément essentiel, et sans doute le plus inquiétant. On a mentionné que certains observateurs occidentaux affirmaient que la société soviétique avait aussi sa part de responsabilité dans le système de répression psychiatrique en URSS. On n’y aimait pas l’anti-conformisme. Que peut-on constater dans l’Occident du XXIème siècle?  Parce qu’on l’a définitivement assimilé à la démocratie, se permettre un critique quelconque du libéralisme est inconcevable. Parce que c’est être passéiste et rétrograde, être attaché à une religion traditionaliste est intolérable. Parce que le bon sentiment règne sur les esprits, ne pas être Charlie est insupportable. On a même pu voir le trop fameux Patrick Cohen dire à la télévision face à Frédéric Taddéi que « non, on ne peut pas penser ce qu’on veut« . On a même pu voir Nathalie Saint-Cricq, journaliste politique, s’exclamer sur une chaîne de télévision publique « C’est justement ceux qui ne sont pas “Charlie” qu’il faut repérer, ceux qui, dans certains établissements scolaires ont refusé la minute de silence, ceux qui “balancent” sur les réseaux sociaux et ceux qui ne voient pas en quoi ce combat est le leur. Eh bien ce sont eux que nous devons repérer, traiter, intégrer ou réintégrer dans la communauté nationale ». C’est sans doute ici le mal de toute société, de toute organisation humaine, que d’uniformiser les points de vue, les conceptions, les philosophies. Même dans le cas du modèle qui s’est autoproclamé le plus « libre ».

Qui aurait cru que l’Occident allait prendre le chemin de cette URSS tant honnie ?